Travail de recherche en soins infirmiers : rédiger une introduction claire en quelques étapes. De l'accroche à l'annonce du plan.

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Comment rédiger l'introduction d'un TFE ou d'un mémoire infirmier ?

L'introduction est la première chose que lit votre jury et souvent celle qui forge l'impression générale sur votre travail. Pourtant, c'est aussi l'une des parties les plus redoutées par les étudiants en soins infirmiers. Par où commencer ? Quelle longueur adopter ? Faut-il déjà parler de ses résultats ? Comment passer d'une situation vécue en stage à une véritable question de recherche ? Nous vous guidons pas à pas pour construire une introduction claire, rigoureuse et convaincante, que vous prépariez un travail de fin d'études (TFE), un mémoire de fin de cursus ou un mémoire en master en sciences infirmières.

Rédaction du travail de recherche en soins infirmiers

À quoi sert une introduction en soins infirmiers ?

Une introduction n'est pas un simple préambule. Elle remplit trois fonctions essentielles.
Elle situe le sujet. Le lecteur doit comprendre rapidement de quoi vous parlez, dans quel contexte de soins et pour quelle population de patients.

Elle justifie la démarche. Pourquoi ce sujet mérite-t-il d'être étudié ? Quel problème concret, quel écart entre la théorie et la pratique, quelle zone d'incertitude voulez-vous éclairer ?
Elle annonce le cheminement. Le lecteur doit savoir où vous allez : votre question de recherche, vos objectifs, votre méthode et l'organisation du travail.

Une bonne introduction répond donc, sans jamais les formuler ainsi, à trois questions : De quoi s'agit-il ? Pourquoi est-ce important ? Comment allez-vous procéder ?

Sa longueur varie selon les établissements, mais elle représente généralement entre 5 et 10 % du travail total. Pour un TFE de 40 à 60 pages, comptez de 2 à 4 pages. Consultez toujours le guide méthodologique de votre école ou de votre université : certaines institutions imposent une structure précise, des sous-titres obligatoires ou une introduction distincte du cadre conceptuel.
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Les erreurs les plus fréquentes dans une introduction d'un TFE ou mémoire infirmier

Rester trop vague. Un sujet comme « la douleur » ou « la relation soignant-soigné » est beaucoup trop large. Délimitez toujours la population, le contexte et l'aspect étudié.

Confondre contexte et problématique. Beaucoup d'introductions se contentent de décrire un thème sans jamais identifier de problème précis. Le jury cherche la tension, l'écart, la question.

Raconter toute sa situation de stage. L'anecdote est un point de départ, pas le sujet du travail. Gardez-la brève et professionnelle, dans le respect de la confidentialité (aucun nom, aucun détail identifiant).

Négliger les sources. Affirmer sans référencer fragilise la crédibilité. Chaque donnée chiffrée ou affirmation importante doit être sourcée.

Annoncer des résultats ou une conclusion. L'introduction pose la question, elle n'y répond pas.

Rédiger une question fermée ou orientée. « Les infirmiers manquent-ils de temps pour mobiliser les patients ? » appelle un oui ou un non et présuppose la réponse. Préférez une formulation ouverte.

Multiplier les questions. Une question de recherche principale, éventuellement accompagnée de sous-questions, suffit. Trop de questions dispersent le travail.

Utiliser un ton trop personnel ou trop familier. Même si certaines écoles acceptent la première personne pour évoquer le parcours, le registre doit rester académique.

Les composantes d'une introduction réussie

Il n'existe pas de modèle unique, mais la plupart des introductions efficaces suivent une progression « en entonnoir » : on part du contexte général pour aboutir à la question de recherche, la plus précise.

  • L'accroche et le contexte général
    Les premières lignes doivent capter l'attention sans tomber dans le spectaculaire. En soins infirmiers, plusieurs types d'accroches fonctionnent bien :
    Un constat épidémiologique ou statistique : la prévalence d'une pathologie, l'évolution démographique, la fréquence d'un événement indésirable. Exemple : le vieillissement de la population et l'augmentation des maladies chroniques.
    Un enjeu de santé publique ou de politique de santé : pénurie de personnel, recommandations nationales, réformes hospitalières.
    Une situation clinique vécue, brièvement évoquée, qui a suscité votre questionnement. Beaucoup de TFE naissent d'une situation de stage. Cette anecdote peut ouvrir l'introduction, à condition d'être courte, anonymisée et immédiatement reliée à un enjeu plus large.
    Évitez les accroches trop générales du type « Depuis la nuit des temps, la santé occupe une place importante dans la société ». Elles n'apportent rien et donnent l'impression d'un remplissage.
  • L'état des connaissances
    Après avoir posé le contexte, résumez brièvement ce que la littérature scientifique et professionnelle dit déjà du sujet. Il ne s'agit pas de produire une revue de littérature complète, qui aura sa place dans le cadre théorique, mais de montrer que vous maîtrisez le domaine.
    Appuyez-vous sur des sources fiables : articles scientifiques indexés (PubMed, CINAHL, Cochrane, Cairn), recommandations de bonnes pratiques (HAS, KCE, OMS, associations professionnelles), données d'organismes officiels. Citez vos sources dès l'introduction, selon la norme exigée par votre établissement (APA 7 le plus souvent).
    Cette étape permet de faire émerger ce que l'on sait, mais aussi ce que l'on ne sait pas encore, ce qui prépare naturellement la problématique.
  • La problématique : le cœur de l'introduction
    C'est la partie la plus importante, celle que les jurys scrutent avec le plus d'attention. La problématique est l'écart, la tension ou la difficulté que votre travail cherche à éclairer. Elle peut prendre plusieurs formes :
    un écart entre les recommandations et la pratique (par exemple, des protocoles existent mais sont peu appliqués) ;
    une contradiction dans la littérature (des études aboutissent à des conclusions divergentes) ;
    un manque de connaissances sur une population ou un contexte précis ;
    une difficulté de terrain récurrente (charge de travail, communication, ressources) ;
    un dilemme éthique ou relationnel dans la prise en soin.
    Une bonne problématique est délimitée (elle porte sur un contexte, une population, un phénomène précis), argumentée (elle s'appuie sur des données et non sur une impression) et ouverte (elle ne présuppose pas la réponse).
    Pour y arriver, posez-vous cette question : quel est exactement le problème que je ne parviens pas à résoudre avec les connaissances actuelles ?
  • La question de recherche
    La problématique débouche sur une question de recherche, formulée en une phrase claire. Elle doit être précise, réalisable dans le temps imparti, et ne pas appeler une simple réponse par oui ou par non.
    Les étudiants en soins infirmiers peuvent s'appuyer sur des outils de structuration reconnus :
    PICO (Population, Intervention, Comparaison, Outcome/résultat) pour les questions portant sur l'efficacité d'une intervention. Exemple : Chez les patients âgés hospitalisés (P), la mobilisation précoce (I), comparée aux soins habituels (C), réduit-elle l'incidence du délirium (O) ?
    PICo (Population, phénomène d'Intérêt, Contexte) pour les questions qualitatives centrées sur le vécu ou les perceptions. Exemple : Comment les infirmiers de service d'urgence (P) vivent-ils (I) l'annonce d'un décès aux familles (Co) ?
    PEO (Population, Exposition, Outcome) pour les questions d'exposition à un facteur.
    Ces cadres vous évitent les questions trop vagues (« Quel est le rôle de l'infirmier face à la douleur ? ») au profit de questions opérationnelles. Si votre institution demande une question de départ (méthode des Instituts de formation en soins infirmiers en France, par exemple), celle-ci sera suivie d'un cadre conceptuel qui l'affinera.
  • Les objectifs et, le cas échéant, les hypothèses
    Après la question, précisez ce que vous cherchez à atteindre. Distinguez :
    l'objectif général : ce que le travail vise globalement ;
    les objectifs spécifiques : les étapes concrètes pour y parvenir (identifier, décrire, comparer, analyser, évaluer).
    Utilisez des verbes d'action mesurables. Si votre démarche est hypothético-déductive, énoncez vos hypothèses, qui sont des réponses provisoires que vos résultats viendront confirmer ou infirmer. Une démarche exploratoire ou qualitative peut s'en passer, et c'est tout à fait légitime.
  • La pertinence professionnelle et scientifique
    Expliquez en quoi votre travail est utile. En soins infirmiers, l'intérêt est avant tout clinique : comment vos conclusions pourraient-elles améliorer la qualité des soins, la sécurité des patients, le vécu des soignants, l'organisation du service ? Vous pouvez aussi mentionner l'apport pour la discipline infirmière ou pour votre propre développement professionnel, sans en faire l'argument principal.
  • La méthode, en quelques lignes
    L'introduction mentionne brièvement la démarche choisie : revue de littérature, enquête par questionnaire, entretiens semi-directifs, étude de cas, observation. Le détail (échantillon, outils, critères d'inclusion, éthique) sera développé plus loin. Une ou deux phrases suffisent ici.
  • L'annonce du plan
    Terminez par un paragraphe qui guide le lecteur : « Ce travail s'organise en trois parties. La première présente le cadre théorique… La deuxième expose la méthodologie… La troisième analyse et discute les résultats… ». Cette annonce rassure le jury et montre que votre travail est structuré.

Un exemple d'introduction commentée

Voici un modèle abrégé, à adapter à votre sujet.

Le vieillissement de la population entraîne une hausse du nombre de patients âgés hospitalisés, dont une proportion importante développe un délirium au cours de son séjour (référence). Ce syndrome, associé à une mortalité accrue et à un déclin fonctionnel durable, représente un enjeu majeur pour les équipes soignantes (référence).


Lors d'un stage en service de gériatrie aiguë, j'ai été confrontée à la situation d'un patient de 84 ans devenu brutalement confus après trois jours d'alitement. Cette situation m'a amenée à m'interroger sur les mesures préventives disponibles.


La littérature met en avant l'efficacité de programmes multicomposants, dont la mobilisation précoce (référence). Pourtant, plusieurs études soulignent que ces recommandations restent inégalement appliquées en pratique, en raison notamment du manque de temps et de la perception du rôle de chacun (référence). On ignore encore comment les infirmiers perçoivent concrètement cette intervention et quels freins ils rencontrent.


Cela conduit à la question de recherche suivante : quels sont les freins perçus par les infirmiers à la mobilisation précoce des patients âgés hospitalisés ? L'objectif est d'identifier ces freins afin de proposer des pistes d'amélioration réalistes.

Pour y répondre, une revue de littérature a été complétée par des entretiens semi-directifs auprès de huit infirmiers. Ce travail comprend trois parties : le cadre théorique, la méthodologie, puis l'analyse et la discussion des résultats.

Ce que cet exemple illustre : l'entonnoir (du général vers le précis), l'usage mesuré de la situation de stage, l'appui sur des références, l'identification claire d'un écart entre recommandations et pratique, une question de recherche précise, et une annonce de plan concise.

Conseils pratiques de rédaction d’une introduction du TFE ou mémoire infirmier

  • Rédigez l'introduction en dernier, ou du moins révisez-la à la fin. Une fois le travail terminé, vous savez réellement ce que vous avez fait. Rédigez une version provisoire au début pour vous orienter, puis réécrivez-la pour qu'elle reflète fidèlement le contenu final.
  • Faites des paragraphes courts et logiques. Chaque paragraphe doit porter une idée et s'enchaîner naturellement avec le suivant grâce à des connecteurs logiques (« or », « pourtant », « dès lors », « c'est pourquoi »).
  • Soyez précis avec le vocabulaire. Distinguez bien les concepts (douleur aiguë et chronique, soins palliatifs et fin de vie) et employez la terminologie infirmière reconnue.
  • Définissez brièvement les notions clés.
  • Appliquez la règle du « et alors ? ». Après chaque affirmation, demandez-vous : en quoi cela justifie-t-il mon sujet ? Si la réponse n'est pas claire, la phrase est probablement superflue.
  • Faites relire. Un directeur de travail, un pair ou un professionnel de terrain repérera rapidement les passages flous. Demandez à un lecteur de reformuler votre question de recherche : s'il n'y parvient pas, elle n'est pas assez claire.
  • Soignez la forme. Orthographe, ponctuation, cohérence de la norme bibliographique : l'introduction est lue en premier et les fautes y sont particulièrement visibles.
  • Respectez l'éthique et la confidentialité. Toute situation clinique évoquée doit être anonymisée : pas de nom, pas d'âge exact s'il permet l'identification, pas de nom d'établissement si votre guide l'interdit.

FAQ : Comment rédiger une introduction de TFE ou Mémoire infirmier